Les commandos de la haine contre Caroline Fourest

Ils l’ont traquée toute la journée, ce samedi 13 avril où elle intervenait à Nantes aux débats du Nouvel Observateur. Traquée, cernée, insultée, de la salle d’où elle a dû être exfiltrée jusqu’à la gare, jusqu’aux wagons, jusqu’à Paris où d’autres l’attendaient.

Sans la protection de la police, elle ne sait pas ce qui aurait pu se passer. « Au moins les opposants à la loi ont-ils montré leur vrai visage! » affirme-t-elle crânement, en pleine tempête.

Caroline Fourest fait toujours front, de ce beau front qui exaspère tant les imbéciles parce qu’on y lit tant de raison gardée face à la forêt hagarde des déraisons.

 

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Réflexion sur l’universel avec Caroline Fourest

Tous nos semblables sont différents… Faut-il accorder sa préférence à ce qui nous identifie les uns aux autres ou bien à ce qui nous distingue ?
Comment souscrire à l’universel sans verser, paradoxalement, dans l’ethnocentrisme ? Est-ce aux dépens d’autrui qu’on voit en lui notre alter ego ?
Et si l’universel était une forme d’égoïsme ? Comment être universaliste sans se prendre soi-même pour une norme ? Comment, à l’inverse, respecter les différences sans verser dans l’indifférence ?

 

Philosophie
dimanche, 17 juin 2012 à 00:35
Rediffusion dimanche 17 juin à 12H25
(France, 2011, 26mn)
ARTE F

UFAL

Ce livre publié chez Grasset est un discours mené pour faire prendre conscience des « menaces sur l’universalisme ». C’est un livre qu’il faut lire absolument. C’est un des « must » de l’automne. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons.
D’abord parce qu’elle nous offre un texte produit avec un grand souci de l’investigation journalistique que l’on rencontre de moins en moins et une démarche formée par la nouvelle sociologie renouant avec la grande sociologie française alors que de nombreux sociologues révisionnistes de la fin du siècle dernier sous domination de la sociologie américaine (Touraine, Wievorka et leurs élèves) nous avait habitué par le passé à nourrir la contre-révolution régressive aboutissant à la promotion du communautarisme et de l’acceptation de l’intégrisme, y compris fascisant.

Quel plaisir de lire un livre qui fourmille de cas concrets bien investigués et bien formulés, non pour faire du sensationnalisme et du nombrilisme individualiste, mais pour mieux questionner l’universel. Condorcet ne disait-il pas que si l’on trouvait une seule personne ne jouissant pas de tous les droits dont bénéficient les autres, nous ne serions pas en République ! Voilà une conception exigeante de la République largement ignorée de tous les dirigeants de la Ve république, comme de beaucoup des dirigeants et militants du champ politique et du mouvement social.
L’auteure formée à l’EHESS, qui fut le cheval de Troie de la sociologie américaine et qui a alimentée la deuxième gauche d’adaptation au capitalisme, nous sert une pensée au service de l’émancipation. Juste retour des choses !
Puis, elle fait partie comme d’autres intellectuels trentenaires de la relève intellectuelle des soixante-huitards à bout de souffle. Nous vous avons parlé précédemment de Gaël Brustier et de Jean Philippe Huelin dans leur Recherche (le) peuple désespérément, et bien que cela soit dans un domaine différent, voilà avec ce livre de quoi remettre la pensée laïque sur les rails.
Enfin, elle analyse de façon critique et acerbe, toute la cohérence idéologique des différents révisionnismes de la laïcité qui vont devenir les principaux alliés des néolibéraux dans les trente dernières années. Elle analyse très bien la tendance communautariste voire intégriste mais aussi les ultra-laïcistes qui n’hésitent pas de temps en temps à sombrer dans le racisme vulgaire et le cancer du Choc des civilisations où ils défendent l’Occident chrétien contre l’Orient islamique. En lisant le livre, vous lirez toutes les analyses synchroniques de la contre-révolution révisionniste, le communautarisme contre la laïcité, l’acceptation d’un intégrisme dit soft contre la République intégratrice, de l’internationalisme contre l’universel, de la diversité contre l’égalité, de la charité contre la solidarité, du droit à la différence contre le droit à l’indifférence, etc.
Par ailleurs, comprendre ce livre, c’est nous inciter à réfléchir par la raison et non suivre ses pulsions non pensées. C’est retrouver le chemin de la raison raisonnante face aux simplifications binaires du Choc des civilisations, du nationalisme étroit, du gentil et du méchant, du rabougrissement de la laïcité quand ces révisionnistes la confondent avec la simple tolérance. Et comme c’est souvent véhiculé par certains de nos concitoyens – jusqu’à des cadres politiques et des militants -, ce livre mérite d’être lu.
Elle montre bien les confusions du mouvement antiraciste, du mouvement féministe, de la gauche révisionniste, de la gauche tiers-mondiste. Elle analyse bien la dérive du multiculturalisme.
Mais elle est sans concessions face à « l’ambition universelle à bout de souffle ». Et c’est tant mieux qu’elle le fasse. Les soixante-huitards ont terminé leur rôle historique. Sans le dire, elle semble appeler à une refondation laïque, sociale et républicaine.
Mais pour cela, il convient d’aller plus loin que ce livre. Il faut mieux analyser les causes de cette montée du communautarisme et de l’intégrisme même lorsque le mouvement de sécularisation se développe de façon spectaculaire. L’auteure se refuse à une analyse diachronique pour donner les causes de ce qu’elle dénonce. Elle n’explique pas le paradoxe de la montée concomitante de la sécularisation et des « visibilités de la diversité communautariste et intégriste ». Pour l’instant, Caroline Fourest se refuse à analyser la phase du capitalisme actuel,dans laquelle la puissance dérégulatrice du néolibéralisme, tueuse des services publics et des organes publics de l’autorité politique a besoin du développement des forces communautaristes et intégristes pour « encadrer » tous les perdants de la globalisation financière. Ce développement répond donc à un besoin pour la « gouvernance mondiale ». C’est pourquoi cette dernière est très généreuse en termes de formation, d’aide matérielle, financière à ces forces régressives.
Mais pour cela, il faut aussi s’appuyer sur des organisations militantes pour mener les actions de toutes natures, militantes, d’éducation populaire, syndicales et politiques. Là, elle s’arrête comme par pudeur. Alors qu’elle nomme des organisations dans de nombreux pays, pas un mot pour la France sauf pour parler d’une organisation qui fut laïque à la fin du XIXe siècle et dont le secrétaire général actuel vient de lancer un appel pour qu’un gouvernement responsable supprime la loi du 15 mars 2004 et une autre qui fut en son temps, et ce n’est pas dit dans le livre le chantre du différentialisme contre la loi du 15 mars 2004. En lisant ce livre, on a l’impression que la bataille n’est faite que par des intellectuels isolés et brillants et qu’in fine le législateur touché par la grâce va de temps en temps « dans le bon sens »!
Conclusion: Si on fait le bilan de cette recension, le positif l’emporte. Courrez donc acheter ce livre et engager la bataille ! Il y a tout ce qu’il faut dans ce livre pour vous amener sur une bonne voie malgré votre environnement de confusions largement distillées par les « grands de ce monde »!

La laïcité, rien que la laïcité!

Les intégristes de toutes obédiences poursuivent leur combat contre l’universalisme et pour le maintien de leur domination en cherchant au nom d’un anti racisme usurpé à trouver des alliés de poids tant au niveau national qu’au niveau international.
Dans cette œuvre maîtresse, Caroline Fourest, montre comment les forces obscurantistes et les états théocratiques réussissent à tisser leur toile et à remettre en cause les textes fondamentaux comme la déclaration universelle des droits de l’homme.
Comme hier Goebbels avec sa formule devenue célèbre « Charbonnier est maîtres chez soi », les différents états membres de l’OCI ( Organisation de la Conférence islamiste) qui représentent 57 pays font de même aujourd’hui…Ils réussissent en plus à obtenir le soutien de Cuba et de la Chine et à manipuler le Conseil des droits de l’homme qui le 27 mars 2008 adopte une résolution contre la « diffamation des religions »!
Ceux qui sont les plus inquiets devant l’évolution inquiétante des institutions de l’ONU sont les démocrates des pays musulmans qui savent que les lois anti-blasphèmes sont là non seulement pour les faire taire mais aussi et surtout pour légitimer les persécutions religieuses.
En France même, au nom d’un raccourci saisissant qui voudrait que les ennemis de nos ennemis soient nos amis, certains militants tiers mondistes en arrivent à « railler l’ordre moral catholique au nom du progrès, mais à soutenir l’intégrisme musulman au nom du respect des cultures ou de la résistance à l’occident. »
Toutes ces alliances contre nature renforcent le communautarisme régressif et désespèrent celles et ceux qui croient trouver en France une protection et des droits.
L’auteure de ce livre montre en s’appuyant sur une étude sérieuse et documentée des politiques menées dans différents pays comme le Canada ou la Grande Bretagne que les accommodements envoient un signal régressif .
Les propos rapportés d’une femme d’origine algérienne qui intervenait sur une radio dévoilent clairement les conséquences subies par la population issue de l’immigration lorsque des politiques démagogiques sont mises en place:
« Si tous les quartiers populaires se mettent à adopter des créneaux non mixtes, ma fille se fera traiter de « mauvaise musulmane » si elle continue d’aller à la piscine pendant les horaires mixtes ».
L’auteure explique non avec des slogans mais avec une argumentation solide que seule, la laïcité peut permettre le vivre ensemble.
Les principes ont un sens et ne doivent pas être détournés ou galvaudés : la laïcité ce n’est ni l’antireligieux, ni non plus la tolérance de pratiques moyenâgeuses ou rétrogrades au nom d’une différentiation culturelle.
Il faut mettre en place des politiques qui rassemblent dans le cadre d’un universalisme s’appuyant sur le respect des droits de l’homme et refusant la division.
« Cette prise de conscience est en marche »
Il faut et l’auteure le rappelle avec force « continuer à être antiraciste sans renoncer à l’esprit critique » et refuser énergiquement de tolérer l’intolérable.

Jean-François CHALOT

Le Monde

Le XXIe siècle voit basculer le centre de gravité du monde. Sur tous les terrains, politiques, économiques, culturels, le modèle occidental, dominant depuis la Renaissance, passe la main. La mondialisation fait « émerger », en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, des peuples qui piaffent d’exister enfin sur une planète trop « occidentalisée » à leur goût.

Sauront-ils garder le meilleur de cette ère qui touche à sa fin, cet universalisme énoncé par la Déclaration des droits de l’homme de 1948 ? Ou bien le bébé universel sera-t-il jeté avec l’eau du bain occidental ?

Caroline Fourest est dans le camp des pessimistes. Elle décrit et décrypte les menaces qui pèsent sur la belle idée de proclamer que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit ». Une ambition aujourd’hui « à bout de souffle », déplore-t-elle. Même en France, selon elle, l’idéal « Liberté, Egalité, Fraternité » serait menacé.

A qui la faute ? D’abord aux pays occidentaux eux-mêmes, où « l’universalisme risque de succomber à force de tolérer les idées les plus intolérantes au nom du droit à la différence ». Le ton direct, parfois véhément, que les lecteurs du Monde reconnaîtront, s’appuie ici sur un décryptage argumenté. L’auteur pointe du doigt les contradictions de l’antiracisme, les ambiguïtés de l’antisionisme, le prêchi-prêcha du multiculturalisme, le double jeu de combats a priori généreux pour la diversité, la parité…

Autant de sables mouvants sur lesquels surfent les adeptes du communautarisme comme les tenants de la discrimination – positive ou pas.

En filigrane, Caroline Fourest esquisse aujourd’hui les dangers d’un retour aux idées nauséabondes des années 1930… L’intellectuelle s’étonne ainsi que Nicolas Sarkozy soit passé en si peu de temps de la défense de la diversité à celle de l’identité.

Alors, que faire ? Alliant le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté, comme Romain Rolland, l’auteur affiche ses choix, sinon ses recettes pour sauver « la dernière utopie ». La tentation laïque n’est pas loin lorsqu’elle prône le « droit à l’indifférence » plutôt que le « droit à la différence », qu’elle préfère donner la priorité à « ce qui nous rassemble » plutôt qu’à « ce qui nous ressemble ».

Caroline Fourest a incontestablement le sens de la formule… universelle.


LA DERNIÈRE UTOPIE de Caroline Fourest. Grasset, 285 p., 20,90 €.

Pascal Galinier

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/01/29/la-derniere-utopie-de-caroline-fourest_1298584_3260.html#koLsdtiYqPwU1j4m.99

France culture

http://www.franceculture.fr/oeuvre-la-dernière-utopie-menaces-sur-l-universalisme-de-caroline-fourest.html

 

Une utopie se meurt : l’universalisme. Cette ambition au coeur de la Révolution française, gravée dans le marbre de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, semble à bout de souffle. Aux Nations unies, certains Etats invoquent des «circonstances nationales» pour ne pas appliquer les droits de l’homme, et le «respect des religions» pour limiter la liberté d’expression. Au nom de la «diversité», des politiques cultivent le droit à la différence contre le droit à l’égalité. Au nom de la résistance à l’impérialisme, des militants amalgament universalisme et néo-colonialisme. Au nom de la tolérance, on tolère le fanatisme. Ce livre plonge dans la crise que connaît le multiculturalisme depuis le 11 septembre 2001. En France, au Canada, au Brésil, en Afrique du Sud, aux Pays-Bas, en Belgique, en Grande-Bretagne, partout on se déchire pour savoir comment concilier respect des valeurs communes et respect des particularismes. Peut-on tout tolérer – l’excision ou l’infanticide – au nom des coutumes ? Faut-il organiser des créneaux non mixtes dans les piscines ? Retirer les sapins de Noël des places publiques ? Aller jusqu’à interdire le voile dans la rue ? Avec talent et pédagogie, Caroline Fourest explique le «modèle français», le malentendu avec le monde «anglo-saxon», raconte le débat canadien sur les «accommodements raisonnables»… Tout en poursuivant sa quête intellectuelle, engagée avec Frère Tariq et La tentation obscurantiste : être antiraciste sans tolérer l’intégrisme, refuser à la fois la confusion multiculturaliste et la tentation mono-culturaliste. Un bréviaire courageux sur lequel rebâtir l’envie de faire société. – 4e de couverture –
(date de publication : novembre 2009)