Le Monde

Le XXIe siècle voit basculer le centre de gravité du monde. Sur tous les terrains, politiques, économiques, culturels, le modèle occidental, dominant depuis la Renaissance, passe la main. La mondialisation fait « émerger », en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, des peuples qui piaffent d’exister enfin sur une planète trop « occidentalisée » à leur goût.

Sauront-ils garder le meilleur de cette ère qui touche à sa fin, cet universalisme énoncé par la Déclaration des droits de l’homme de 1948 ? Ou bien le bébé universel sera-t-il jeté avec l’eau du bain occidental ?

Caroline Fourest est dans le camp des pessimistes. Elle décrit et décrypte les menaces qui pèsent sur la belle idée de proclamer que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit ». Une ambition aujourd’hui « à bout de souffle », déplore-t-elle. Même en France, selon elle, l’idéal « Liberté, Egalité, Fraternité » serait menacé.

A qui la faute ? D’abord aux pays occidentaux eux-mêmes, où « l’universalisme risque de succomber à force de tolérer les idées les plus intolérantes au nom du droit à la différence ». Le ton direct, parfois véhément, que les lecteurs du Monde reconnaîtront, s’appuie ici sur un décryptage argumenté. L’auteur pointe du doigt les contradictions de l’antiracisme, les ambiguïtés de l’antisionisme, le prêchi-prêcha du multiculturalisme, le double jeu de combats a priori généreux pour la diversité, la parité…

Autant de sables mouvants sur lesquels surfent les adeptes du communautarisme comme les tenants de la discrimination – positive ou pas.

En filigrane, Caroline Fourest esquisse aujourd’hui les dangers d’un retour aux idées nauséabondes des années 1930… L’intellectuelle s’étonne ainsi que Nicolas Sarkozy soit passé en si peu de temps de la défense de la diversité à celle de l’identité.

Alors, que faire ? Alliant le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté, comme Romain Rolland, l’auteur affiche ses choix, sinon ses recettes pour sauver « la dernière utopie ». La tentation laïque n’est pas loin lorsqu’elle prône le « droit à l’indifférence » plutôt que le « droit à la différence », qu’elle préfère donner la priorité à « ce qui nous rassemble » plutôt qu’à « ce qui nous ressemble ».

Caroline Fourest a incontestablement le sens de la formule… universelle.


LA DERNIÈRE UTOPIE de Caroline Fourest. Grasset, 285 p., 20,90 €.

Pascal Galinier

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/01/29/la-derniere-utopie-de-caroline-fourest_1298584_3260.html#koLsdtiYqPwU1j4m.99

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